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L'interview de Stephan L., mineur de la Fosse 10 de Billy

par Fosse 10 de Billy 22 Février 2017, 08:38 Paroles de mineurs

Stephan est un ancien mineur qui a commencé à travailler à la fosse 10 au début des années 1950.

il nous a accueilli chez lui pour nous raconter son passé minier.

L'interview de Stephan L., mineur de la Fosse 10 de Billy

-Sébastien Glaubert, A quel âge avez-vous commencé à travailler à la mine ?

-Stéphan Labuda, 14 ans. J'ai travaillait à la mine de 1952 à 1984.

-SG, Quel métier faisiez-vous ?
-SL, Trieur au jour, puis galibot, un an plus tard

-SG, Dans quelles fosses?
-SL, D'abord à la fosse 10 de Billy-Montigny, mon père travaillait au 13 de Sallaumines, là où se trouve aujourd'hui l'entreprise Durisotti. Mais mon beau père était chef à la Fosse 10. Ensuite, la fosse 10 a fermé donc j'ai été muté au 6 de Fouquières, je suis passé aussi au 3/15 de Méricourt, 5/12 de Sallaumines et enfin le 4/5 sud de Méricourt.

-SG, Quels souvenirs gardez-vous de la Fosse 10?
-SL, La fosse n'était pas modernisée, c'est seulement quelques mois avant la fermeture que nous avons commencé à recevoir les lampes frontales à batteries. Avant nous avions des lampes à mains qui n'éclairaient pas beaucoup. Les chefs d'équipe avaient des lampes à benzine (type Standard-Courrières). Elles servaient à contrôler les teneurs en gaz. Par la suite, sont apparus les grisoumètres.
La fosse 10 n'était pas électrifiée au fond, toutes les machines étaient encore à air comprimé, les scrappers, les motrices. C'était encore des couloirs pour évacuer le charbon.
Cette fosse avait la réputation d'être une fosse communiste. Les mouvements de grèves étaient très suivis, dès que les banderoles se levaient à l'entrée de la fosse, les ouvriers rentraient chez eux. Les grévistes empêchaient tout accès, lorsqu'il y avait une grève, l'avenue de la fosse était barricadée, le carreau se prolongeait alors jusqu'à l'emplacement de l'actuel magasin Lidl. Personne ne pouvait plus passer.

-SG, Aviez-vous un surnom au fond ?
-SL,Non

-SG, Quel est votre meilleur souvenir de la mine ?
-SL, la camaraderie, l'esprit d'équipe

-SG, Votre pire souvenir ?
-SL, Lorsque j'ai été blessé, entraîné par un convoyeur blindé au 6 de Fouquières après la chute d'un gros bloc depuis le toit. Il n'y avait même pas de soutènement à front! J'ai été sauvé par un collègue qui passait pour prendre un pic, il a stoppé le convoyeur sinon je serais probablement mort.

-SG, Quel poste préfériez-vous ? du matin ? du soir ? de l’A.M. ? Pourquoi ?
SL, Je préférais la nuit, on était plus tranquille, je suis resté 20 ans au poste de nuit.

-SG, Ce qui était le plus dur dans le métier ?
SL, le travail en taille. J'ai fait mon service en Algérie où je suis resté 3 ans. Après mon service militaire, j'ai perdu mes habitudes à la mine et la reprise a été difficile.

-SG, Étiez-vous fier de ce métier, si oui pourquoi ?
SL, oui très fier, comme je l'ai dit, la camaraderie au fond m'a marqué, il n'y avait pas de racisme. Toutes les nationalités étaient présentes, Polonais, italiens, Marocains, Algériens, yougoslaves... Mais personne ne faisait de différences.

-SG, Quel mot vous évoque la mine ?
SL, bonne mentalité

-SG, Auriez-vous souhaité ce métier pour vos enfants?

SL, non, mon fils a fait une carrière militaire.

-SG, comment était la vie dans les corons ? Que signifiait pour vous : rentrer à la maison, vos occupations, aviez-vous des passions ?

SL, mon principal loisir a été de m'occuper de mon jardin. J'ai acheté ma maison qui n'était pas des Mines, mais elle se trouve dans une cité minière. Il y avait une bonne ambiance dans la cité. On jardinait beaucoup après le travail dans les jardins et on discutait entre collègues. J'ai été syndiqué pendant toute ma carrière à la CGT.

-SG, quand on vous a annoncé la fermeture des puits et votre dernière descente, qu’avez-vous pensé ?

SL, j'étais plutôt content, j'ai des bons souvenirs de la mine, mais aussi des mauvais, si je devais le refaire, je ne pense pas que je le referai. Avant ma retraite, j'ai été reconnu silicosé à 5%, aujourd'hui je suis à 20. Donc je suis remonté au jour et j'étais responsable du chargement des wagons en charbon à la fosse 4/5 sud de Méricourt.

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